Les irresponsables de Chapoutot : Une critique anarchiste
- lemaraudrevolte4
- il y a 8 heures
- 2 min de lecture

Dans son ouvrage Les irresponsables, l'historien Johann Chapoutot prolonge sa brillante dissection du management moderne et de ses racines technocratiques. Après avoir démontré dans Libres d'obéir comment le nazisme avait légué ses structures managériales à l'Occident capitaliste, il s'attaque ici à l'irresponsabilité systémique des élites décisionnaires — politiques, économiques et administratives.
Ce livre offre un diagnostic d'une lucidité implacable. Toutefois, si le constat de Chapoutot est juste, sa conclusion pose une limite fondamentale que seule la perspective de la révolution sociale permet de dépasser.
Chapoutot décrit avec minutie les mécanismes par lesquels les dirigeants modernes s’exonèrent de toute responsabilité morale et humaine. Par le biais de l'évaluation chiffrée, des indicateurs de performance et d'une novlangue managériale lénifiante, le système capitaliste produit une « irresponsabilité organisée ». Ce constat valide totalement la critique radicale de l'État et du Capital. Le travailleur n’est plus un être humain, mais une variable d'ajustement comptable. En fragmentant les tâches et en automatisant les décisions, le management prive les producteurs de leur jugement éthique : on obéit à la « procédure », non à sa conscience. Enfin, qu'il s'agisse de désastres écologiques ou de plans sociaux destructeurs, les donneurs d'ordres ne sont jamais ceux qui en subissent les conséquences. Ils sont constitutionnellement irresponsables.
Là où le bât blesse, c'est dans l'horizon politique que dessine implicitement l'auteur. En filigrane, Chapoutot semble regretter une époque où l'État et la puissance publique incarnaient une forme de responsabilité face au marché sauvage.
C'est une illusion réformiste majeure. L'État n'a jamais été le rempart contre l'irresponsabilité capitaliste ; il en est le co-auteur et le garant légal. Espérer une moralisation par les urnes est une perte de temps : le vote ne change rien, il ne fait que légitimer nos oppresseurs en changeant la couleur de la visibilité du pouvoir. L'irresponsabilité n'est pas une dérive du système ; elle est le système. Tant qu'il y aura une hiérarchie, ceux qui sont en haut décideront sans payer le prix de leurs erreurs, protégés par les structures étatiques.
La seule réponse viable à l'irresponsabilité généralisée dénoncée par Chapoutot ne réside pas dans la régulation ou dans le cirque électoral, mais dans l'action directe et l'autogestion. Face à la hiérarchie verticale, il faut opposer le fédéralisme, le mandat impératif, l'action directe, avec des décisions prises de bas en haut et des délégués révocables à tout instant. À la sous-traitance et à la dilution de la culpabilité, il faut opposer la responsabilité collective des travailleurs qui gèrent et assument directement leurs outils de production. À la logique du profit, il faut opposer la satisfaction des besoins réels.
Pour que les humains redeviennent responsables, ils doivent reconquérir leur autonomie par la destruction des rapports de subordination, l'abolition du salariat et la réappropriation des moyens de production.
Les irresponsables de Johann Chapoutot est un outil d'autodéfense intellectuelle précieux pour comprendre la lâcheté systémique des classes dominantes.
Mais comprendre ne suffit pas. Il ne faut pas chercher à modérer les maîtres ou à voter pour de nouveaux gérants. Il faut abattre le système capitaliste et ses chiens de garde — flics, armées et magistrats — qui ne servent qu'à défendre les privilèges de la bourgeoisie par la violence brute.
La véritable responsabilité commence là où s'arrête l'obéissance.
À bas le capitalisme, vive l'anarchie !


Commentaires